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Le « Monde d’Après », illusion ou réalité

Quand le patron du MEDEF avec d’autres estiment qu’il faut se poser la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés en préconisant de travailler plus pour accompagner la reprise économique, ils se trompent de logiciel ou plutôt ils se servent d’un logiciel périmé.

Entrevoir le « monde d’après » avec le prisme du monde d’avant n’a en effet pas de sens.

Cette crise sanitaire sans précédent a conduit de gré ou de force les dirigeants du monde à confiner les peuples.

Ce confinement est en effet le seul véritable rempart à ce virus à l’heure actuelle, compte tenu du manque de préparation et d’anticipation de la plupart, pour ne pas dire de tous les systèmes sanitaires dans le monde.

Ceci étant un constat et non une critique, car le gouvernement qui aurait anticipé cette épidémie aurait été largement critiqué avant pour gabegie inutile par les mêmes qui critiqueraient aujourd’hui le manque d’anticipation. A bon entendeur.

Mais cela se traduit également par un confinement de l’économie, une économie quasi à l’arrêt par un jeu de dominos. En effet, la chaîne d’approvisionnement en amont s’arrêtant, les entreprises en aval ont dû fermer très vite leurs portes par obligation et ainsi de suite.

Si la durée de ce confinement n’était pas aussi longue, on pourrait parler de pause dans l’économie, soutenue par les aides financières importantes et également sans précédent mises en place par les différentes économies mondiales. La France n’étant pas en reste : des centaines de milliards d’euros injectés dans l’économie pour financer le chômage partiel en vue de protéger les emplois pendant cette période, les prêts garantis par l’état pour le refinancement des trésorerie mises à mal des entreprises, les aides financières directes aux plus petites, le report sur six mois sans frais des échéances de l’ensemble des prêts contractés par les entreprises, le report des échéances sociales et fiscales pour ne citer que les plus importantes.

L’Europe sous l’impulsion de la France a décidé également de débloquer plus de 500 milliards d’euros pour soutenir ses économies.

Ainsi, cette mise sous perfusion de l’économie pendant cette période suffirait certainement si le redémarrage était théoriquement possible instantanément comme s’il s’agissait d’appuyer sur un interrupteur.

D’ailleurs, dans l’inconscience collective, ce moment est une parenthèse. Dans la tête des entrepreneurs, dont la mienne, ce moment est le début d’une crise profonde dont on a encore du mal à concevoir toutes les conséquences mais dont personne ne sortira totalement indemne.

En d’autres termes, s’il suffisait de réactiver l’offre, le discours du « travailler plus » pourrait se concevoir et même être la réponse la plus appropriée. Y compris les salariés ayant subi des pertes de salaires (le chômage partiel n’allant pas jusqu’à maintenir totalement leur rémunération pour celles au-dessus du SMIC) seraient pour la plupart certainement demandeurs. L’économie redémarrerait en trombe et rattraperait son retard et tout pourrait être parfait et redevenir comme avant…

Ce ne serait sans compter qu’à l’effondrement de l’offre s’ajoute l’effondrement de la demande.

Cet arrêt brutal de l’économie quasi entière pendant plusieurs semaines voire certainement plusieurs mois, conduit par exemple à une désorganisation totale de la logistique d’approvisionnement dont il sera difficile de s’en remettre dans un délai court, pourtant nécessaire.

A cela s’ajoute le changement de comportement du consommateur qui, lorsqu’il sera sorti de sa « léthargie » de confinement, et qu’il constatera sa baisse de pouvoir d’achat pour les uns, ou la fragilité de son emploi pour les autres dans de nombreuses entreprises mises en difficulté, provoquera une baisse et plus certainement une chute de la demande, initiant alors un cycle mortifère.

Dans cette hypothèse et dans de nombreux secteurs d’activité, le « travailler plus » sera non pas une aberration mais tout simplement un non sens. Le « travailler moins » s’imposera de fait.

Ce confinement représente donc le calme avant la tempête. Si les conditions de survie de nos entreprises sont plutôt bien prises en compte par les politiques d’aides financières massives pendant celui-ci, les perspectives d’une reprise en terme commercial restent totalement floues à son issue.

C’est finalement ce flou de l’après confinement qui doit tous nous préoccuper, c’est cette crise de la demande qu’il faudra traiter en priorité et de manière énergique et ciblée après le confinement si on ne veut pas connaître une débâcle de nos entreprises.

Pour nous en sortir, nous devons repenser nos modes de consommation (circuits courts, économie circulaire, l’écologie doit prendre définitivement sa place au coeur de ces transformations), nos organisations et méthodes de travail, nos relations commerciales, nos interdépendances économiques au niveau mondial. Nous devons aussi redéfinir nos secteurs stratégiques, la place du numérique dans nos vies, nos solidarités et leur financement, la place de nos entreprises et des relations sociales que nous voulons. Nous devons enfin, à l’aune de cette pandémie, refonder notre démocratie, afin d’éradiquer la défiance des citoyens, défiance qui représente un poison mortel pour nos institutions.

Objectif : travailler mieux, consommer mieux, vivre mieux ensemble.

Chaque changement de monde a nécessité un événement majeur qui a provoqué la rupture du monde précédent et le changement de paradigme.

Sachons saisir cette opportunité, car chaque crise majeure représente une opportunité pour peu qu’on veuille bien s’en donner la peine.

Et si la confiance des citoyens, des entrepreneurs, des clients est confortée par une prise de conscience et des mesures politiques fortes alors TOUT est possible à nouveau, de manière différente.

A nos personnels soignants, et toutes celles et ceux qui travaillent et oeuvrent pour nous tous. Merci !

Aux victimes et à leurs familles. Respect.

Prenez soin de vous !

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